Ce soir-là, Anton se sentait légèrement découragé. Dans sa chambre traînait çà et là des affaires éparses, des livres par terre, négligemment posés, lus à la hâte et sans trop de concentration. Anton a l'oeil rêveur et nage dans le flou tout au long de ses journées et de ses nuits; c'est comme s'il cherchait à se délivrer de quelque chose afin d'être plus léger, plus libre.

Et pourtant, Anton a tout pour être léger, racé de corps et d'esprit, la légèreté devrait lui être naturelle mais par un caprice du hasard, elle n'advient chez lui que par flashs, éclairs sporadiques. Peut-être que ce soir-là, Anton avait trop pensé à Sofia, cette magnifique fille rencontrée au Printemps dernier dans les rues du fameux faubourg, alors qu'il dégustait un de ses plats favoris. Très rapidement, il s'était souvenu de la connexion évidente et sans ambages entre leurs deux esprits, il s'était en son for intérieur, qu'il y avait là matière fabuleuse à jouer; et en effet, Anton et Sofia jouèrent six mois durant au dangereux jeu de l'amitié entre les garçons et les filles, bien que maintenant, ils étaient, lui homme et elle femme; mais ils étaient encore des enfants perdus dans le vaste monde des adultes.

Lui, rêveur, attirait beaucoup de gens à lui, car ces gens sentaient qu'ils étaient à l'aise avec lui. Elle, belle brune, aux formes et aux attaches fines était timide et très émotive mais avait comme une grâce naturelle, une noblesse inhérente à son caractère qui directement faisait d'elle quelqu'un d'intéressant.

Donc, ils jouèrent. Beaucoup. On alternait les pleurs et on alternait la joie. On s'aimait platoniquement et très intensément. Mais toujours chez eux, une pudeur excessive des émotions les retenaient et au final les éloignaient de ce qu'ils auraient vraiment pu vivre ensemble. Peut-être avaient-ils peur. Peut-être étaient-ils encore trop enfants. Quoiqu'il en soit, au bout de ces six mois, l'émotion devint trop intense chez Anton, il vibrait trop quand il voyait Sofia.

Le jeu avait touché à sa limite. Il devint le bon ami, sa pudeur l'empechaît. Sofia posait tendrement sa délicate tête sur ses épaules et lui la sentait; il était comme figé, embarqué dans un mutisme qui le faisait souffrir.

Un jour, et là fut son erreur. Anton n'en pouvant plus, l'émotion trop forte prenant le pas sur le reste de sa vie, il informa Sofia de ses sentiments; elle s'en doutait, fine qu'elle était . Et erreur, une fois le sentiment dévoilé, le mystère fut rompu, comme un charme qui se brise.

Anton, aspirant à une certaine sérénité décida de ne plus revoir Sofia. Et de, désormais, savoir gérer proprement et de manière avisée ses folles émotions, afin que ces dernières, au lieu de le faire souffrir, lui apporte de la joie. Porte de l'amour.